Forum de l'Anthologie

Ici on parle de tout et de rien. Culture, musique, arts, littérature, actualitées
 
AccueilAccueil  PortailPortail  CalendrierCalendrier  GalerieGalerie  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  Connexion  
Partagez | 
 

 Citations et extraits littéraires et philosophiques

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2  Suivant
AuteurMessage
Valesco
Initié
Initié


Nombre de messages: 314
Age: 27
Localisation: Picardie
Date d'inscription: 05/09/2006

MessageSujet: Citations et extraits littéraires et philosophiques   Ven 17 Avr à 12:46

Je propose ici de mettre toutes les citations et extraits littéraires ou philosophiques que vous trouvez intéressants, pour aider les littéraires dans leurs dissertations et pour satisfaire la curiosité des non- littéraires. Ca peut être aussi bien des citations d'auteurs (rousseau, balzac, char, d'aubigné...) que de critiques (barthes, gombrowicz, robbe- grillet...). Une seule condition, mettre avec les citations les références les plus exactes possibles (quand vous les avez, bien évidemment). Bon, je commence:

Rabelais (1494- 1553):

François Rabelais était un médecin et écrivain humaniste français de la Renaissance, né à La Devinière, près de Chinon (dans l’ancienne province de Touraine), à une date indéterminée entre 1483 et 1494, et mort à Paris le 9 avril 1553.
Son œuvre littéraire tient à la fois du conte avec ses personnages géants et de la parodie du roman de chevalerie.
Admirateur d'Érasme, maniant la parodie et la satire avec éclat, Rabelais est de ceux qui luttent avec enthousiasme en faveur de la tolérance, de la paix et du retour aux valeurs antiques, par-delà ces « ténèbres gothiques » qui caractérisèrent selon lui le Moyen Âge. Rabelais s'en prend aux abus des princes et des hommes d'Église, et leur oppose la culture populaire, paillarde, « rigolarde », faite de vin et de jeux, pétrie d'une morale chrétienne légère, loin des lourdeurs ecclésiastiques.
Ses critiques et ses expressions crues, proches parfois de la pornographie, lui valent la mise à l'Index Librorum Prohibitorum[1]. Il partage avec le protestantisme la critique de la scolastique[2] et du monachisme[3], mais le réformateur religieux Jean Calvin s'en prend à lui de manière très virulente, l'associant aux libertins et aux « pourceaux »[4].
http://fr.wikipedia.org/wiki/Rabelais

- Gargantua, Aux lecteurs: "Amis lecteurs, qui ce livre lisez\ Dépouillez vous de toute affection, \ Et, le lisant, ne vous scandalisez:\Il ne contient mal ne infection.\ Vrai est qu'ici peu de perfection\ Vous apprendrez, sinon en cas de [en matière de] rire;\ Autre argument ne peut mon coeur élire,\ Voyant le deuil qui vous mine et consomme:\ Mieux est de ris que de larmes écrire,\ Pour ce que rire est le propre de l'homme". (pour définir l'objectif de son oeuvre)

- Pantagruel, Les horribles et épouvantables faits et prouesses du très renommé Pantagruel roi des Dipsodes, fisl du géant Gargantua composé nouvellement par maître Alcofribas Nasier:
=> Prologue de l'auteur: "Très illustres et très chevaleresques champions, gentilshommes et autres, qui vous adonnez volontiers aux pratiques nobles et mondaines, vous avez récemment vu, lu et connu les Grandes et Inestimables Chroniques de l'énorme géant Gargantua, et comme de vrais dévots, les avez crues tout ainsi qu'un texte de la Bible ou du Saint Evangile, et vous y avez maintes fois passé votre temps avec les honorables dames et demoiselles, leur en faisant beaux et longs récits, quand vous en aviez fini avec votre propos habituels; par quoi vous êtes dignes de grande louange. Et si cela ne dépendait que de moi, chacun laisserait sa propre besogne et mettrait ses affaires en oubli, pour s'y adonner entièrement sans que son esprit fût empêché par le monde extérieur, jusqu'à ce qu'on les sût par coeur, pour que si, par hasard, il advenaitque l'art d'imprimerie cesse, ou au cas où tous les livres périraient , chacun les puisse dans l'avenir bien clairementenseigner à ses enfants: car plus il y a de profit que peut- être ne le pensent un tas de gros fanfarons, tout couverts de chancres, qui comprennent moins bien ces petites joyeusetés que Raclet ne comprend l'Institute de Justinien."

CHAPITRE I: De l'origine et antiquité du grand Pantagruel.
Il ne sera pas inutile ni oiseux de vous remettre en mémoire la première source et origine d'où nous est né le bon Pantagruel: car je vois que tous les bons historiographes ont ainsi organisé leurs chroniques, non seulement les Grecs, Arabes et païens, mais aussi les auteurs de l'Ecriture Sainte, comme Monseigneur saint Luc surtout et saint Matthieu.
Il vous faut donc noter qu'au commencement du monde, un peu après qu'Abel eut été tué par son frère Caïn, la terre, imbibée du sang du juste, fut, cette année précise, si fertile en tous les fruits qui sont produits de ses flancs, et surtout en nèfles, que l'on l'appela aussi loin qu'on puisse remonter "l'année des grosses nèfles", car avec trois on remplissait un boisseau.
Au mois d'octobre, il me semble, ou bien de septembre (pour éviter toute erreur), il y eut la semaine, si renommée dans les annales, qu'on appelle "semaine des trois jeudis": car il y en eut trois, à cause des bissextiles irréguliers, où la lune varia de son cours de plus de vingt- cinq toises.
Les gens volontiers mangeaient desdites nèfles: ca elles étaient belles à regarder et délicieuses au goût. Mais tout ainsi que Noé, le saint homme (à qui nous devons tant de gratitude et d'obligation pour ce qu'il nous planta la vigne, d'où nous vient la liqueur, vrai nectar, précieuse, céleste et qui nous fait Dieu, qu'on nomme le vin), fut trompé en le buvant, parce qu'il en ignorait la grande vertu et puissance -de la même façon les hommes et les femmes de ce temps là mangeaient avec plaisir ce beau et gros fruit. Mais il leur en arriva beaucoup d'accidents. Car s'il leur vint à tous une enflure bien étrange, ce ne fut pas tous au même endroit. Car kes uns enflaient par le ventre, et le ventre leur devenait bossu comme un gros tonneau; ventre duquel il est écrit "ventre omnipotent". Et de cette race naquirent saint Pansart et Mardi Gras."

(to be continued)


- Ibid, chapitre 57: "En leur règle n'était que cette clause: FAIS CE QUE TU VOUDRAS, parce que gens libères [libres], bien nés, bien instruits, conversant en compagnies honnêtes, ont par nature un instinct et aiguillon qui toujours les pousse à faits vertueux et retire [met à l'abri] de vice [...]"


Marot (1496- 1544):[u]

Clément Marot, né à Cahors pendant l’hiver 1496-1497 et mort en 1544 à Turin est un poète français.
Bien que marqué encore par l'héritage médiéval, Marot a été un des premiers grands poètes modernes français. Protégé de Marguerite de Navarre, sœur du roi de France François Ier, ses sympathies marquées pour la Réforme et pour Luther lui ont valu cependant la prison puis l'exil en Suisse et en Italie.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Cl%C3%A9ment_Marot

-Petite Epître au Roi:En m'ébattant je fais rondeaux en rimes,\ Et en rimant bien souvent je m'enrime;\ Bref, c'est pitié d'entre nous rimailleurs,\ Car vous trouvez assez de rimes ailleurs,\ Et quand vous plaît, mieux que moi rimassez"


Dernière édition par Valesco le Ven 22 Juil à 18:21, édité 5 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Valesco
Initié
Initié


Nombre de messages: 314
Age: 27
Localisation: Picardie
Date d'inscription: 05/09/2006

MessageSujet: Re: Citations et extraits littéraires et philosophiques   Jeu 23 Avr à 18:55

Baudelaire(1821- 1867):
http://fr.wikipedia.org/wiki/Baudelaire

Correspondances et Critiques :

- L'anecdote suivante m'a été contée avec prières de n'en parler à personne; c'est pour cela que je veux la raconter à tout le monde. (Comment on paie ses dettes quand on a du génie, Le Corsaire Satan, 24 novembre 1845; L'Echo des théâtres, 23 août 1846, signé ''Baudelaire Dufays'').

- [...] c'est que la poésie d'un tableau doit être faite par le spectateur. (''Prométhée délivré'' par L. de Senneville, art. De Baudelaire publié dans Le Corsaire Satan du 3 février 1846, signé ''Baudelaire Dufays'').

- L'expérience implique une certaine somme de bévues; chacun les ayant commises, --toutes ou peu s'en faut,-- j'espère que mon expérience sera vérifiée par celle de chacun. (Conseils aux jeunes littérateurs, L'Esprit Public, 15 avril 1846, signé ''Baudelaire Dufays'')

- Pour écrire vite, il faut avoir beaucoup pensé. (Conseils aux jeunes littérateurs, L'Esprit Public, 15 avril 1846, signé ''Baudelaire Dufays'').

- Je ne suis pas un partisan de la rature; elle trouble le miroir de la pensée. (Conseils aux jeunes littérateurs, L'Esprit Public, 15 avril 1846, signé ''Baudelaire Dufays'').

- Couvrir une toile n'est pas la charger de couleurs, c'est ébaucher en frottis , c'est disposer des masses en tons légers et transparents. -- La toile doit être couverte-- en esprit-- au moment où l'écrivain prend la plume pour écrire le titre. (Conseils aux jeunes littérateurs, L'Esprit Public, 15 avril 1846, signé ''Baudelaire Dufays'')

- Si l'on veut vivre dans une contemplation opiniâtre de l'oeuvre de demain, le travail journalier servira l'inspiration, -comme une écriture lisible sert à éclairer la pensée, et comme la pensée calme et puissante sert à écrire lisiblement; car le temps des mauvaises écritures est passé. (Conseils aux jeunes littérateurs, L'Esprit Public, 15 avril 1846, signé ''Baudelaire Dufays'').

- Je défie les envieux de me citer de bons vers qui aient ruiné un éditeur. (Conseils aux jeunes littérateurs, L'Esprit Public, 15 avril 1846, signé ''Baudelaire Dufays'')

- L'art qui satisfait le besoin le plus impérieux sera toujours le plus honoré. (Conseils aux jeunes littérateurs, L'Esprit Public, 15 avril 1846, signé ''Baudelaire Dufays'')

- Au sujet du procès de Baudelaire (en 1857): Utilisant un vieux topos dont Crébillon père avait excipé pour justifier son recours à l'horreur, Sainte- Beuve, dans les "Petits Moyens de défense tels que je les conçois", soufflait à Baudelaire au moment du procès: "Tout était pris dans le domaine de la poésie. Lamartine avait pris les cieux, Victor Hugo avait pris la terre et plus que la terre. Laprade avait pris les forêts. Musset avait pris la passion et l'orgie éblouissante. D'autres avaient pris le foyer, la vie rurale, etc. Théophile Gautier avait pris l'Espagne et ses hautes couleurs. Que restait- il? Ce que Baudelaire a pris. Il y a été comme forcé."


CORRESPONDANCES:

-Lettre adressée à son frère, Alphonse Baudelaire, Lyon, le 25 mars 1833:

"Mon frère,

Grande rumeur au collège. Un maître a frappé un élève jusqu'à lui donner des maux de poitrine. Il est extrêmement malade et ne peut se lever. Je te vais tout raconter. Cet élève, au bout d'une demi-heure d'étude ne comprenant pas son devoir, avait fait passer des billets pour le savoir. Le pion l'ayant découvert lui dit des sottises selon ordinaire. L'autre fit encore passer un billet pour lequel fut donnée une roulée à laquelle l'élève riposta de quelques coups de pieds. Le pion voulant terminer cette lutte d'un seul coup lui donne un coup de pied dans les reins. Le tambour bat pour le souper. L'élève se met à son rang ordinaire, le pion le fait passer à la queue en lui disant qu'il n'était pas digne d'aller avec les autres. En revenant du souper il le met dans le charbonnier pour la même raison. De temps en temps il venait le claquer; l'élève avait les reins en déconfiture, il ne pouvait lui résister. On se couche. Deux jours après, sortie. Je rentre le soir et l'on m'apprend que cet élève est à l'infirmerie, ne pouvant plus se soutenir et qu'il est tombé en défaillance dans les rangs. L'infirmière est résolue à tout faire pour qu'il s'en aille, mais ce n'est pas encore sûr comme il est bien coco auprès du proviseur.
Nous lui avons fait un tel charivari dans la cour que le proviseur l'a entendu de son appartement. Alors ce pion riait de ce qu'on faisait pour lui mais il riait jaune. Je suis dans les mutins. Je ne veux pas être de ces lèche- culs qui craignent de déplaire aux pions.
Vengeance sur ceux qui ont abusé de leurs droits. C'était une inscription des barricades de Paris. S'il ne s'en va pas, nous faisons mettre un article sur le Courrier de Lyon. Adieu. Bonsoir. Bien des choses de la part de papa, de maman, de moi pour tout le monde et pour toi particulièrement.

Le mutin cadet.
CHARLES."

-Lettre adressée à G. Flaubert, à Paris, le 31 janvier 1862:

"Mon cher Flaubert,

Vous êtes un vrai guerrier. Vous méritiez d'être du bataillon sacré. Vous avez la foi aveugle de l'amitié, qui implique la vraie politique.
Mais, parfait solitaire, vous n'avez donc pas lu le fameux article de Sainte- Beuve sur l'Académie et les candidatures! Ca a fait la conversation d'une semaine et ça a dû retentir d'une façon violente dans l'Académie.
Maxime du Camp m'a dit que j'étais déshonoré, mais je persiste à faire mes visites, bien que certains académiciens aient déclaré (mais est- ce bien vrai?) qu'ils ne me recevraient même pas chez eux. J'ai fait un coup de tête, dont je ne me repens pas. Quand même je n'obtiendrais pas une seule voix, je ne m'en repentirai pas. Une élection a lieu le 6 février, mais c'est à propos de la dernière (Lacordaire, 20 février) que je tâcherai d'arracher deux ou trois voix. Je me trouverai seul (à moins qu'il ne surgisse une candidature raisonnable) en face du ridicule petit prince de Broglie, fils du duc, académicien vivant. On dit qu'il est nommé d'avance. Ces gens là finiront par faire l'élection de leurs concierges, si ces concierges sont orléanistes.
A bientôt. Nous nous verrons sans doute. Je rêve toujours à la solitude, et si je partais avant votre retour, je vous ferais une visite de quelques heures. -Là- bas-.
Comment n'avez vous pas deviné que Baudelaire, ça voulait dire: Auguste Barbier, Th. Gautier, Banville, Flaubert, Leconte de Lisle, c'est- à- dire littérature pure?
C'a a été bien compris tout de suite par quelques amis et ça m'a valu quelques sympathies.

Merci et tout à vous.

Ch. Baudelaire.

Avez- vous observé qu'écrire avec une plume de fer, c'est comme si on marchait avec des sabots sur des pierres branlantes?"




Poésie:

- La sottise, l'erreur, le péché, la lésine
Occupent nos esprits et travaillent nos corps
Et nous alimentons nos aimables remords,
Comme les mendiants nourrissent leur vermine.

Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches;
Nous nous faisons payer grassement nos aveux,
Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,
Croyant par nos vils pleurs laver toutes nos taches.

Sur l'oreiller du mal, c'est Satan Trismégiste
Qui berce longuement notre esprit enchanté,
Et le riche métal de notre volonté
Est tout vaporisé par ce savant chimiste.

C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent!
Aux objets répugnants nous trouvons des appas;
Chaque jour vers l'Enfer nous descendons d'un pas,
Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent.

Ainsi qu'un débauché pauvre qui baise et mange
Le sein martyrisé d'une antique catin,
Nous volons au passage un plaisir clandestin
Que nous pressons bien fort comme une vieille orange.

Serré, fourmillant, comme un million d'helminthes,
Dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons,
Et, quand nous respirons, la Mort dans nos poumons
Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.

Si le viol, le poison, le poignard, l'incendie,
N'ont pas encor brodé de leurs plaisants dessins
Le canevas banal de nos piteux destins,
C'est que notre âme, hélas! n'est pas assez hardie.

Mais parmi les chacals, les panthères les lices,
Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,
Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,
Dans la ménagerie infâme de nos vices,

Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde!
Quoiqu'il ne pousse ni grandes gestes ni grands cris,
Il ferait volontiers de la terre un débris
Et dans un bâillement avalerait le monde;

C'est l'Ennui!- l'oeil chargé d'un pleure involontaire,
Il rêve d'échafauds en fumant son houka.
Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,
-Hypocrite lecteur, -mon semblable, -mon frère!

(Au Lecteur, poème liminaire au recueil des Fleurs du Mal)

- LE FLACON, XLVIII:
Il est de forts parfums pour qui toute matière
Est poreuse. On dirait qu'ils pénètrent le verre.
En ouvrant un coffret venu de l'Orient
Dont la serrure grince et rechigne en criant,

Ou dans une maison déserte quelque armoire
Pleine de l'âcre odeur des temps, poudreuse et noire,
Parfois on trouve un vieux flacon qui se souvient,
D'où jaillit toute vive une âme qui revient.

Mille pensers dormaient, chrysalides funèbres,
Frémissant doucement dans les lourdes ténèbres,
Qui dégagent leur aile et prennent leur essor,
Teintées d'azur, glacés de rose, lamés d'or.

Voilà le souvenir enivrant qui voltige
Dans l'air troublé; les yeux se ferment; le Vertige
Saisit l'âme vaincue et la pousse à deux mains
Vers un gouffre obscurci de miasmes humains;

Il la terrasse au bord d'un gouffre séculaire,
Où Lazare odorant déchirant son suaire,
Se meut dans son réveil le cadavre spectral
D'un vieil amour ranci, charmant et sépulcral.

Ainsi, quand je serai perdu dans la mémoire
Des hommes, dans le coin d'une sinistre armoire
Quand on m'aura jeté, vieux flacon désolé,
Décrépit, poudreux, sale, abject, visqueux, fêlé,

Je serai ton cercueil, aimable pestilence!
Le témoin de ta force et de ta virulence,
Cher poison préparé par les anges! liqueur
Qui me ronge, ô la vie et la mort de mon coeur!

(Le Flacon, XLVIII, in Spleen et idéal, Les Fleurs du Mal)


- Mais la voix me console et dit:"Garde tes songes;/ Les sages n'en font pas d'aussi beaux que les fous" ( La Voix in Les Epaves, Les Fleurs du Mal)


A propos du procès des Fleurs:

- Le livre doit être jugé dans son ensemble, et alors il en ressort une terrible moralité. Donc je n'ai pas à me louer de cette singulière indulgence qui n'incrimine que 13 morceaux sur 100. Cette indulgence m'est très funeste. C'est en pensant à ce parfait ensemble de mon livre que je disais à M. le Juge d'instruction: mon unique tort a été de compter sur l'intelligence universelle, et ne pas faire une préface où j'aurais posé mes principes littéraires et dégagé la question si importante de la Morale. (Voir à propos de la Morale dans les oeuvres d'art, les remarquables lettres de M. Honoré de Balzac à M. Hippolyte de Castille, dans le journal la Semaine.
Le volume est, relativement à l'abaissement général des prix en librairie, d'un prix élevé. C'est déjà une garantie importante. Je ne m'adresse donc pas à la foule. Il y a prescription pour deux des morceaux incriminés: Lesbos et Le Reniement de Saint- Pierre, parus depuis longtemps et non poursuivis. Mais je prétends, au cas même où on me contraindrait à me reconnaître quelques torts, qu'il y a une sorte de prescription générale. Je pourrais faire une bibliothèque de livres modernes non poursuivis, et qui ne respirent pas, comme le mien, L'HORREUR DU MAL. Depuis près de 30 ans, la littérature est une liberté qu'on veut brusquement punir en moi. Est-ce juste? Il y a plusieurs morales. Il y a la morale positive et pratique à laquelle tout le monde doit obéir. Mais il y a la morale des arts. Celle- ci est toute autre, et depuis le commencement du monde, les arts l'ont bien prouvé. Il y a aussi plusieurs sortes de Liberté. Il y a la Liberté pour le Génie, et il y a une liberté très restreinte pour les polissons. (Baudelaire, au sujet des Fleurs du Mal, Notes pour mon avocat).

Morale du joujou:
"Il y a bien des années, -combien? je n'en sais rien; cela remmonte aux temps nébuleux de la première enfance, je fus emmené par ma mère, en visite chez une dame du Panckoucke actuel. Etait- ce ma mère, la femme, la belle soeur du Panckoucke actuel? Je l'ignore. Je me souviens que c'était dans un hôtel très calme, un de ces hôtels où l'herbe verdit les coins de la cour, dans une rue silencieuse, la rue des Poitevins. Cette maison passait pour très hospitalière, et à de certains jours elle devenait lumineuse et bruyante. J'ai entendu parler d'un bal masqué où Alexandre Dumas, qu'on appelait alors le jeune auteur d'Henry III, produisit un grand effet, avec Melle Elisa Mercoeur à son bras, déguisée en page."



EN PREVISION: lettres, poèmes et critiques (Ecrits sur l'Art et Ecrits sur la Beauté, not.)


Dernière édition par Valesco le Dim 22 Jan à 0:23, édité 9 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Valesco
Initié
Initié


Nombre de messages: 314
Age: 27
Localisation: Picardie
Date d'inscription: 05/09/2006

MessageSujet: Re: Citations et extraits littéraires et philosophiques   Jeu 23 Avr à 19:23

Proust (1871- 1922):
Valentin Louis Georges Eugène Marcel Proust, né à Auteuil le 10 juillet 1871 et mort à Paris le 18 novembre 1922, est un écrivain français, dont l'œuvre principale s'intitule À la recherche du temps perdu.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Proust

CORRESPONDANCES:
- C'est la vérité pure qui va sortir de ma bouche (Lettre à Mme Adrien Proust, datée du dimanche 5 septembre 1888)

- Je crois que ce que nous croyons deviner d'un caractère n'est qu'un effet d'associations d'idées. (Lettre à Robert Dreyfus, du 7 septembre 1888)

- Seul de ces temps sans pensée et sans volonté, c'est- à- dire au fond sans génie, vous excellez par la double puissance de votre méditation et de votre énergie (Lettre à Robert de Montesquiou, juillet 1893)

- J'espérais toujours finir par obtenir la continuation des études littéraire et philosophiques pour lesquelles je me crois fait (Lettre à Adrien Proust, fin septembre 1893)

- Comme tôt ou tard il ne suffit plus de rêver sa vie mais qu'il faut la vivre (Lettre à Charles Grandjean, novembre 1893)

- Quelqu'un qui ne sent pas la poésie, et qui n'est pas touché par la vérité, n'a jamais lu Baudelaire (Lettre à Reynaldo Hahn, mi- novembre 1895)

- Le travail littéraire fait un perpétuel appel à ces sentiments qui sont liés à la souffrance (Lettre à Mme Adrien Proust, 18 août 1902)

- Baudelaire lui- même tient à l'Eglise au moins par le sacrilège (Lettre à Georges de Lauris, fin juillet 1903)


CONTRE SAINTE-BEUVE (Folio Essais, Gallimard, préface de Bernard de Fallois):

I. Préface (de Proust à son Contre Sainte-Beuve):

-"Chaque jour j'attache moins de prix à l'intelligence. Chaque jour je me rends mieux compte que ce n'est qu'en dehors d'elle que l'écrivain peut ressaisir quelque chose de nos impressions, c'est-à-dire atteindre quelque chose de lui même et la seule matière de l'art. Ce que l'intelligence nous rend sous le nom de passé n'est pas lui. En réalité, comme il arrive pour les âmes des trépassés dans certains légendes populaires, chaque heure de notre vie, aussitôt morte, s'incarne et se cache en quelque objet matériel. Elle y reste captive, à jamais captive, à moins que nous ne rencontrions l'objet. A travers lui nous la reconnaissons, nous l'appelons et elle est délivrée. L'objet où elle se cache -ou la sensation, puisque tout objet par rapport à nous est sensation-, nous pouvons très bien ne la rencontrer jamais. Et c'est ainsi qu'il y a des heures de notre vie qui ne ressusciteront jamais" (p.43)

-"La méthode de Sainte-Beuve n'est peut- être pas au premier abord un objet si important. Mais peut- être sera t- on amenés, au cours de ces pages, à voir qu'elle touche à de très importants problèmes intellectuels, peut- être au plus grand de tous pour un artiste, à cette infériorité de l'intelligence dont le parlais au commencement. Et cette infériorité de l'intelligence, c'est tout de même à l'intelligence qu'il faut demander de l'établir. Car si l'intelligence ne mérite pas la couronne suprême, c'est elle seule qui est capable de la décerner. Et si elle n'a pas dans la hiérarchie des vertus que la seconde place, il n'y a qu'elle qui soit capable de proclamer que l'instinct doit occuper la première." (p.50)

VIII. La Méthode Sainte-Beuve:

-"Je suis arrivé à un moment, ou, si l'on veut, je me trouve dans de telles circonstances, où l'on peut craindre que les choses qu'on désirait le plus dire (ou à défaut du moins de celles-là, si l'affaiblissement de la sensibilité, qui est la banqueroute du talent, ne le permettait plus, celles qui venaient ensuite, qu'on était porté par comparaison avec ce plus haut et plus sacré idéal à ne pas estimer beaucoup, mais enfin qu'on n'a lues nulle part, qu'on peut penser qui ne seront pas dites si on ne les dit pas, et qu'on s'aperçoit qui tiennent tout de même à une partie même moins profonde que notre esprit,) on ne puisse plus tout d'un coup les dire. On ne se considère plus que comme le dépositaire, qui peut disparaître d'un moment à l'autre, de secrets intellectuels qui disparaîtront avec lui. Et on voudrait faire échec à la force d'intertie de la paresse antérieure, en obéissant à un beau commandement de Christ dans saint Jean: "Travaillez pendant que vous avez encore de la lumière". Il me semble que j'aurais ainsi à dire sur Sainte- Beuve, et bientôt beaucoup plus à propos de lui que sur lui- même, des choses qui ont peut- être leur importance, quand, montrant en quoi il a péché, à mon avis comme écrivain et comme critique, j'arriverais peut- être à dire, sur ce que doit être le critique et sur ce qu'est l'art, quelques choses auxquelles j'ai souvent pensé. En passant, et à propos de lui, comme il a si souvent fait, je le prendrais comme occasion de parler de certaines formes de la vie, je pourrais dire quelques mots de quelques uns de ses contemporains, sur lesquels j'ai aussi quelque avis. Et puis, après avoir critiqué les autres et lâchant cette fois Sainte- Beuve tout à fait, je tâcherais de dire ce qu'aurait été pour moi l'art..." (p.122)


SODOME ET GOMORRHE (en folio classique, préface d'Antoine Compagnon, n°2047):

"Je savais que cette attente n'était pas plus passive que chez la fleur mâle, dont les étamines s'étaient spontanément tournées pour que l'insecte pût plus facilement la recevoir; de même que la fleur femme qui était ici, si l'insecte venait, arquerait coquettement ses "styles" et pour être mieux pénétrée par lui ferait imperceptiblement, comme une jouvencelle hypocrite mais ardente, la moitié du chemin. Les lois du monde végétal sont gouvernées elles- mêmes par des lois de plus en plus hautes" (p.4-5)

"J'allais me déranger de nouveau pour qu'il ne pût m'apercevoir; je n'en eus ni le temps, ni le besoin. Que vis- je? Face à face, dans cette cour où ils ne s'étaient certainement jamais rencontrés (M. de Charlus ne venant à l'hôtel Guermantes que dans l'après midi, aux heures où Jupien était à son bureau), le baron ayant soudain largement ouvert ses yeux mi- clos, regardait avec une attention extraordinaire l'ancien giletier sur le seuil de sa boutique, cependant que celui- ci, cloué subitement sur place devant M. de Charlus, enraciné comme une plante, contemplait d'un air émerveillé l'embonpoint du baron vieillissant. Mais chose plus étonnante encore, l'attitude de Mr de Charlus ayant changé, celle de Jupien se mis aussitôt, comme selon les lois d'un art secret, en harmonie avec elle. Le baron, qui cherchait maintenant à dissimuler l'impression qu'il avait ressentie, mais qui, malgré son indifférence affectée, semblait ne s'éloigner qu'à regret, venait, regardait dans le vague de la façon qu'il pensait mettre le plus en valeur la beauté de ses prunelles, prenait un air fat, négligent, ridicule. Or Jupien, perdant aussitôt l'air humble et bon que je lui avais toujours connu, avait -en symétrie parfaite avec le baron- redressé la tête, donnait à sa taille un port avantageux, posait avec une impertinence grotesque son poing sur la hanche, faisait saillir son derrière, prenait des poses avec la coquetterie qu'aurait pu avoir l'orchidée pour le bourdon providentiellement survenu." (p.6)




Dernière édition par Valesco le Mer 27 Juil à 13:21, édité 4 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Valesco
Initié
Initié


Nombre de messages: 314
Age: 27
Localisation: Picardie
Date d'inscription: 05/09/2006

MessageSujet: Re: Citations et extraits littéraires et philosophiques   Jeu 30 Avr à 21:13

Victor Hugo (1802- 1885):

Victor-Marie Hugo, né le 26 février 1802 à Besançon et mort le 22 mai 1885 à Paris, est un écrivain, dramaturge, poète, homme politique, académicien et intellectuel engagé français, considéré comme l'un des plus importants écrivains romantiques de langue française.
Victor Hugo occupe une place importante dans l'histoire des lettres françaises et celle du XIXe siècle, dans des genres et des domaines d'une remarquable variété. Il est à la fois poète lyrique avec des recueils comme Odes et Ballades (1826), Les Feuilles d'automne (1832) ou Les Contemplations (1856), mais il est aussi poète engagé contre Napoléon III dans Les Châtiments (1853) ou encore poète épique avec La Légende des siècles (1859 et 1877).
Il est également un romancier du peuple qui rencontre un grand succès populaire avec Notre-Dame de Paris (1831) ou Les Misérables (1862).
Au théâtre, il expose sa théorie du drame romantique dans sa préface de Cromwell en 1827 et l'illustre principalement avec Hernani en 1830 et Ruy Blas en 1838.
Son œuvre multiple comprend aussi des discours politiques à la Chambre des pairs, notamment sur la peine de mort, l'école ou l'Europe, des récits de voyages (Le Rhin, 1842, ou Choses vues, posthumes, 1887 et 1890), et une correspondance abondante.
Victor Hugo a fortement contribué au renouvellement de la poésie et du théâtre ; il a été admiré par ses contemporains et l'est encore, mais il a été aussi contesté par certains auteurs modernes. Il a aussi permis à de nombreuses générations de développer une réflexion sur l'engagement de l'écrivain dans la vie politique et sociale grâce à ses multiples prises de position qui le condamneront à l'exil pendant les vingt ans du Second Empire.
Ses choix, à la fois moraux et politiques, durant la deuxième partie de sa vie, et son œuvre hors du commun ont fait de lui un personnage emblématique que la Troisième République a honoré à sa mort le 22 mai 1885 par des funérailles nationales qui ont accompagné le transfert de sa dépouille au Panthéon de Paris, le 31 mai 1885.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Victor_Hugo


- "Si un auteur pouvait avoir quelque droit d'influer sur la disposition d'esprit des lecteurs qui ouvrent son livre, l'auteur des Contemplations se bornerait à dire ceci: Ce livre doit être lu comme on lirait le livre d'un mort. Vingt- cinq années sont dans ces deux volumes. Grande mortalis aevi spatium*. L'auteur a laissé, pour ainsi dire, ce livre se faire en lui. La vie, en filtrant goutte à goutte à travers les événements et les souffrances, l'a déposé dans son coeur. Ceux qui s'y pencheront retrouveront leur propre image dans cette eau profonde et triste, qui s'est lentement amassée là, au fond d'une âme. Qu'est ce que les Contemplations? C'est ce qu'on pourrait appeler, si le mot n'avait quelque prétention, les Mémoires d'une âme. Ce sont, en effet, toutes les impressions, tous les souvenirs, toutes les réalités, tous les fantômes vagues, riants ou funèbres, que peut contenir une conscience, revenus et rappelés, rayon à rayon, soupir à soupir, et mêlés dans la même nuée sombre. C'est l'existence humaine sortant de l'énigme du berceau et aboutissant à l'énigme du cercueil; c'est un esprit qui marche de lueur en lueur en laissant derrière lui la jeunesse, l'amour, l'illusion, le combat, le désespoir, et qui s'arrête éperdu "au bord de l'infini". Cela commence par un sourire, continue par un sanglot, et finit par un bruit de clairon dans l'abîme. Une destinée est écrite là jour à jour. Est- ce donc la vie d'un homme? Oui, et la vie des autres hommes aussi. Nul de nous n'a l'honneur d'avoir une vie qui soit à lui. Ma vie est la vôtre, votre vie est la mienne, vous vivez ce que je vis; la destinée est une. Prenez donc ce miroir, et regardez- vous-y. On se plaint quelquefois des écrivains qui disent moi. Parlez- nous de nous, leur crie-t-on. Hélas! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez- vous pas? Ah! insensé qui croit que je ne suis pas toi! Ce livre contient, nous le répétons, autant l'individualité du lecteur que celle de l'auteur. Homo sum**. Traverser le le tumulte, la rumeur, le rêve, la lutte, le plaisir, le travail, la douleur, le silence; se reposer dans le sacrifice, et, là, contempler Dieu; commencer à Foule et finir à Solitude, n'est- ce- pas, les proportions individuelles réservées, l'histoire de tous? On ne s'étonnera donc pas de voir, nuance à nuance, ces deux volumes s'assombrir pour arriver, cependant, à l'azur d'une vie meilleure. La joie, cette fleur rapide de la jeunesse, s'effeuille page à page dans le tome premier qui est l'espérance et disparaît dans le tome second, qui est le deuil. Quel deuil? Le vrai, l'unique: la mort; la perte des êtres chers. Nous venons de le dire, c'est une âme qui se raconte dans ces deux volumes: Autrefois, Aujourd'hui. Un abîme les sépare, le tombeau"

* "Grand espace de temps dans une vie de mortel" (Tacite, Vie d'Agricola, chap.III)
** "Je suis homme" Allusion à l'auteur comique latin Térence: "Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m'est étranger" (Homo sum, et nihil humani a me alienum puto, Héautontimoroumenos, 77)

(Hugo, Préface des Contemplations, Guernesey, mars 1856)

CONTEMPLATIONS (1856) :

Autrefois (1830-1843):
Livre Premier: Aurore
Livre Deuxième: L'Ame en fleur
Livre Troisième: Les Luttes et les Rêves

Aujourd'hui (1843-1855):
Livre Quatrième: Pauca Meae
Livre Cinquième: En marche
Livre Sixième: Au Bord de l'Infini


EN PREVISION: extraits de La Légende des Siècles et quelques Contemplations (dès que j'ai le temps)


Dernière édition par Valesco le Mer 2 Mar à 18:18, édité 3 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Valesco
Initié
Initié


Nombre de messages: 314
Age: 27
Localisation: Picardie
Date d'inscription: 05/09/2006

MessageSujet: Re: Citations et extraits littéraires et philosophiques   Jeu 30 Avr à 21:18

Antonin Artaud (1896- 1948):

Antonin Artaud, né Antoine Marie Joseph Artaud, à Marseille (Bouches-du-Rhône), le 4 septembre 1896 et mort à Ivry-sur-Seine le 4 mars 1948, est un poète, romancier, acteur, dessinateur et théoricien du théâtre français.
Inventeur du concept du « théâtre de la cruauté » dans Le Théâtre et son Double, Artaud aura tenté de transformer de fond en comble la littérature, le théâtre et le cinéma. Par la poésie, la mise en scène, la drogue, les pèlerinages, le dessin et la radio, chacune de ces activités a été un outil entre ses mains, « un moyen pour atteindre un peu de la réalité qui le fuit »[1].
Souffrant de maux de tête chroniques depuis son adolescence, qu'il combattra par de constantes injections de médications diverses, la présence de la douleur influera sur ses relations comme sur sa création. Il sera interné en asile près de neuf années durant, subissant de fréquentes séries d'électrochocs.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Antonin_Artaud

- (...) sur le plan de la représentation, il ne s'agit pas de cette cruauté que nous pouvons exercer les uns contre les autres en nous dépeçant mutuellement les corps, en sciant nos anatomies personnelles, ou tels des empereurs assyriens, en nous adressant par la poste des sacs pleins d'oreilles humaines, de nez ou de narines bien découpées, mais de celle beaucoup plus terrible et nécéssaire, que les choses peuvent exercer contre nous. Nous ne sommes pas libres. Et le ciel peut encore nous tomber sur la tête. Et le théâtre est fait d'abord pour nous apprendre cela. (Le Théâtre et son double)


Dernière édition par Valesco le Lun 21 Fév à 17:03, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Valesco
Initié
Initié


Nombre de messages: 314
Age: 27
Localisation: Picardie
Date d'inscription: 05/09/2006

MessageSujet: Re: Citations et extraits littéraires et philosophiques   Jeu 30 Avr à 22:04

Michel Eyquem de Montaigne (1533-1592):

Michel Eyquem de Montaigne, né et mort (28 février 1533 - 13 septembre 1592) au château de Montaigne à Saint-Michel-de-Montaigne en Périgord, écrivain, philosophe, moraliste et homme politique français de la Renaissance, est l’auteur d’un livre, les Essais, qui a influencé toute la culture occidentale.
Fondateur de l’introspection, il en vient peu à peu à l’unique projet de faire son propre portrait : « Je n’ai d’autre objet que de me peindre moi-même » Mais il dépeint principalement ses pensées, il veut voir plus clair en lui-même, dans ce qu’il appelle son « arrière-boutique » : « Ce ne sont pas mes actes que je décris, c’est moi, c’est mon essence.» Un pareil dessein est alors très neuf et personne, même dans l’antiquité, ne l’a expressément formé.
Mais s'il se peint, cela peut servir aux autres. « Tout homme, dira-t-il en 1588, porte en soi la forme entière de l’humaine condition. » : quiconque me lit peut se reconnaître en moi et tirer profit de mon expérience. Voltaire a écrit : « Savant dans un siècle d’ignorance, philosophe parmi des fanatiques, (Montaigne) qui peint sous son nom nos faiblesses et nos folies, est un homme qui sera toujours aimé. » Et Nietzsche: « Qu'un tel homme ait écrit, vraiment la joie de vivre sur cette terre en a été augmentée.»
Dans les deux derniers chapitres des Essais, Montaigne révèle, en guise de conclusion, sa conception du bonheur du sage, aimer la vie et la goûter pleinement : « C'est une perfection absolue et pour ainsi dire divine que de savoir jouir loyalement de son être. »
La vie de Montaigne est mouvementée. Il s'est engagé, a mené une action publique, a risqué sa vie. Sa personnalité a suscité des images contradictoires : « Sceptique retiré dans sa tour d’ivoire, égoïste ou généreux, lâche ou courageux, ambitieux ou sage souriant, stoïcien ou épicurien, chrétien sincère ou libre-penseur masqué, catholique convaincu ou sympathisant de la Réforme, esprit serein ou mélancolique redoutant la folie ? Les portraits qu’on a donnés de Michel de Montaigne sont aussi divers que les interprétations des Essais. »
http://fr.wikipedia.org/wiki/Montaigne


- C'est une absolue perfection, et comme divine, de savoir jouir loyalement de son être. Nous cherchons d'autres conditions, pour n'entendre l'usage des nôtres, et sortons hors de nous, pour ne savoir quel il y fait. Si, avons nous beau monter sur des échasses encore faut- il marcher de nos jambes. Et au plus élevé trône du monde, si ne sommes assis que sus notre cul (III, 13, De l'expérience).

- " C'est ici un livre de bonne foi , lecteur. Il t'avertit dès l'entrée que je ne m'y suis proposé aucune fin, que domestique et privée. Je n'y ai eu nulle considération de ton service, ni de ma gloire. Mes forces ne sont pas capables d'un tel dessein. Je l'ai voué à la commodité particulière de mes parents et amis : à ce que m'ayant perdu (ce qu'ils ont à faire bientôt) ils y puissent retrouver aucuns traits de mes conditions et humeurs, ce que par ce moyen ils nourrissent plus entière et plus vive la connaissance qu'ils ont eu de moi. Si c'eût été pour rechercher la faveur du monde, je me fusse mieux paré et me présenterais en une marche étudiée. Je veut qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contention et artifice : car c'est moi que je peins. Mes défauts s'y liront au vif, et ma forme naïve, autant que la révérence publique me l'a permis. Que si j'eusse été entre ces nations qu'on dit vivre encore sous la douce liberté des premières lois de nature, je t'assure que je m'y fusse très volontiers peint tout entier, et tout nu. Ainsi, lecteur, je suis moi-même la matière de mon livre : ce n'est pas raison que tu emploies ton loisir en un sujet si frivole et si vain : adieu donc. De Montaigne, ce premier de mars mille cinq cent quatre-vingt." " (Avant-propos de 1580.)


Dernière édition par Valesco le Lun 21 Fév à 17:05, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Valesco
Initié
Initié


Nombre de messages: 314
Age: 27
Localisation: Picardie
Date d'inscription: 05/09/2006

MessageSujet: Re: Citations et extraits littéraires et philosophiques   Jeu 30 Avr à 22:31

Louis Aragon (1897- 1982 ):

Louis Aragon est un poète, romancier, journaliste et essayiste français, né le 3 octobre 1897 à Neuilly-sur-Seine et mort le 24 décembre 1982 à Paris. Il est également connu pour son engagement et son soutien au Parti communiste français de 1930 jusqu'à sa mort. Avec André Breton, Paul Éluard, Philippe Soupault, il fut l'un des animateurs du dadaïsme parisien et du surréalisme. À partir de la fin des années 1950, nombre de ses poèmes ont été mis en musique et chantés (Jean Ferrat, Léo Ferré, etc.), contribuant à faire connaître son œuvre poétique. La première chanson tirée d'une œuvre d'Aragon date de 1953 : elle est composée et chantée par Georges Brassens et a pour paroles le poème paru dans La Diane française en 1944 : "Il n'y a pas d'amour heureux".
http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Aragon


- Il est indiscutable que mon langage ne serait pas ce qu'il est s'il n'était sorti du surréalisme. ( Préface de la Semaine Sainte 1958)

- C'est sur les Cloches de Bâle que j'ai appris à faire un roman (ibid).

- Au fond, je ne suis pas très romancier... Il s'agit toujours chez moi d'idées auxquelles j'essaie de donner un corps, un visage (ibid).

- A propos du livre de La Semaine Sainte: Il est le résultat au contraire d'une aventure extérieure à nous deux, d'un cheminement objectif de l'histoire. Je n'ai pas voulu qu'il en fût ainsi. Il ne pouvait en être autrement (Post- scriptum à la Préface de la Semaine Sainte)

- Je suis un réaliste, je me réclame du réalisme dans le roman comme dans le poème ( La Semaine Sainte, "il faut appeler les choses par leur nom", fragments)

- Je me suis arrangé pour que le lecteur soit pris au livre, pour qu'il croie à mes mensonges (ibid)


Dernière édition par Valesco le Lun 21 Fév à 17:06, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Valesco
Initié
Initié


Nombre de messages: 314
Age: 27
Localisation: Picardie
Date d'inscription: 05/09/2006

MessageSujet: Re: Citations et extraits littéraires et philosophiques   Jeu 30 Avr à 23:42

Milan Kundera (1929- ):

Milan Kundera (né le 1er avril 1929 à Brno, ex-Tchécoslovaquie) est un écrivain de langues tchèque et française. Né en Tchécoslovaquie, il a obtenu la nationalité française le 1er juillet 1981.
Il a reçu le prix Médicis étranger en 1973 (pour son roman La vie est ailleurs), le Prix de Jérusalem en 1985, le Prix Aujourd'hui en 1993 (pour son essai Les Testaments trahis), le Prix Herder en 2000, le Grand prix de littérature de l'Académie française pour l'ensemble de son œuvre en 2001 et le Prix mondial Cino Del Duca en 2009. Son nom a été fréquemment cité sur les listes du Prix Nobel de littérature.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Milan_Kundera


- Impossible de penser qu'Apollinaire ait écrit Alcools après Calligrammes car, si cela avait été le cas, ce serait un autre poète, son oeuvre aurait un autre sens! (Le Rideau, "Conscience de la continuité")

- Les personnages romanesques ne demandent pas qu'on les admire pour leurs vertus. Ils demandent qu'on les comprenne, et c'est quelque chose de tout à fait différent (Le Rideau, "Pauvre Alonso Quijada")

- Car, d'emblée, tout est clair: la vie humaine en tant que telle est une défaite. La seule chose qui nous reste face à cette inéluctable défaite qu'on appelle la vie est d'essayer de la comprendre. C'est là la raison d'être de l'art du roman (ibid)

- Mais rappelons- nous ce que disait Fielding: "l'aliment que nous proposons ici à notre lecteur n'est autre que la nature humaine" (Le Rideau, "le despotisme de la story")

- Le vrai visage de la vie, de la prose de la vie, ne se trouve que dans le temps présent ( Le Rideau, "A la recherche du temps présent")

- Description: pitié pour l'éphémère; sauvetage du périssable (ibid)

- Car il ne faut jamais l'oublier: les arts ne sont pas tous pareils; c'est par une porte différente que chacun d'eux accède au monde (Le Rideau, "aller dans l'âme des choses")


Dernière édition par Valesco le Lun 21 Fév à 17:07, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Valesco
Initié
Initié


Nombre de messages: 314
Age: 27
Localisation: Picardie
Date d'inscription: 05/09/2006

MessageSujet: Re: Citations et extraits littéraires et philosophiques   Ven 1 Mai à 0:08

Boileau (1636- 1711):

Nicolas Boileau, dit aussi Boileau-Despréaux, le « législateur du Parnasse » (né le 1er novembre 1636 à Paris[1] et mort le 13 mars 1711 à Paris), est un poète, écrivain et critique français.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Boileau

- C'est en vain qu'au Parnasse un téméraire auteur
Pense de l'art des vers atteindre la hauteur:
S'il ne sent point du ciel l'influence secrète,
Si son astre en naissant ne l'a formé poète,
Dans son génie étroit il est toujours captif:
Pour lui Phébus est sourd, et Pégase rétif.
O vous donc qui, brûlant d'une ardeur périlleuse,
Courez du bel esprit la carrière épineuse,
N'allez pas sur des vers sans fruit vous consumer,
Ni prendre pour génie un amour de rimer:
Craignez d'un vain plaisir les trompeuses amorces,
Et consultez longtemps votre esprit et vos forces.
(Art Poétique, chant 1)


- Quelque sujet qu'on traite, ou plaisant, ou sublime,
Que toujours le bon sens s'accorde avec la rime:
L'un l'autre vainement ils semblent se haïr;
La rime est une esclave et ne doit qu'obéir.
Lorsqu'à la bien chercher d'abord on s'évertue
L'esprit à la trouver aisément s'habitue;
Au joug de la raison sans peine elle fléchit,
Et, loin de la gêner, la sert et l'enrichit.
Mais lorsqu'on la néglige, elle devient rebelle,
Et pour la rattraper le sens court après elle.
Aimez donc la raison: que toujours vos écrits
Empruntent d'elle seule et leur lustre et leur prix.
(Art Poétique, chant 1)

- La plupart, emportés d'une fouhue insensée,
Toujours loin du droit sens vont chercher leur pensée:
Ils croiraient s'abaisser, dans leurs vers monstrueux,
S'ils pensaient ce qu'un autre a pu penser comme eux.
Evitons ces excès: laissons à l'Italie
De tous ces faux brillants l'éclatante folie.
Tout doit tendre au bon sens: mais, pour y parvenir,
Le chemin est glissant et pénible à tenir;
Pour peu qu'on s'en écarte aussitôt l'on se noie.
La raison pour marcher n'a souvent qu'une voie.
(Art Poétique, chant 1)

- Un auteur quelquefois trop plein de son objet
Jamais sans l'épuiser n'abandonne un sujet.
S'il rencontre un palais, il m'en dépeint la face;
Il me promène après de terrasse en terrasse;
Ici s'offre un perron; là règne un corridor,
Là ce balcon s'enferme en un balustre d'or.
Il compte des plafonds les ronds et les ovales;
"Ce ne sont que festons, ce ne sont qu'astragales."
Je saute vingt feuillets pour en trouver la fin,
Et je me sauve à peine au travers du jardin.
Fuyez de ces auteurs l'abondance stérile,
Et ne vous chargez point d'un détail inutile.
Tout ce qu'on dit de trop est fade et rebutant;
L'esprit rassasié le rejette à l'instant.
Qui ne sut se borner ne sut jamais écrire.
Souvent la peur d'un mal nous conduit dans un pire.
(Art Poétique, chant 1)

- Prenez mieux votre ton. Soyez simple avec art,/Sublime sans orgueil, agréable sans fard (ibid)

- Le vers le mieux rempli, la pensée la plus noble/ Ne peut plaire à l'esprit quand l'oreille est blessée (ibid)

- Enfin Malherbe vint et, le premier en France/ Fit sentir sur le vers une juste cadence (ibid)

- Avant donc que d'écrire, apprenez à penser (ibid)

- Je vous l'ai dit aimez qu'on vous censure/ Et, souple à la raison, corrigez sans murmure (Art Poétique, chant IV)


Dernière édition par Valesco le Jeu 24 Fév à 15:06, édité 3 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Valesco
Initié
Initié


Nombre de messages: 314
Age: 27
Localisation: Picardie
Date d'inscription: 05/09/2006

MessageSujet: Re: Citations et extraits littéraires et philosophiques   Ven 1 Mai à 0:15

Racine (1639- 1699):

Jean Racine, né à La Ferté-Milon le 22 décembre 1639 et mort à Paris le 21 avril 1699, est un dramaturge français considéré comme l'un des plus grands auteurs de tragédies de la période classique de la France de Louis XIV.

Issu d'une famille de petits notables et vite orphelin, il est élevé par sa grand-mère et sa marraine et reçoit une solide éducation littéraire marquée par le jansénisme. Il choisit ensuite de se consacrer à la littérature et particulièrement au théâtre en faisant jouer La Thébaïde en 1664 et Alexandre le Grand en 1665, qui est son premier succès et qui lui vaut le soutien du jeune roi Louis XIV mais il se brouille avec Molière.

Le succès d'Andromaque en 1667 ouvre une décennie de grande création où l'on trouve à côté d'une unique comédie (Les Plaideurs en 1668) six grandes tragédies : Britannicus (1669), Bérénice (1670), Bajazet (1672), Mithridate (1673), Iphigénie (1674) et Phèdre (1677). Auteur à succès mais ébranlé par les cabales et ayant renoué avec le jansénisme, Racine abandonne le théâtre, devient Historiographe du Roi et entre à l'Académie française en 1672. C'est pour répondre à la demande de Madame de Maintenon qu'il revient à l'écriture théâtrale et donne deux tragédies aux sujets bibliques aux jeunes filles de Saint-Cyr : Esther (en 1689) et Athalie (en 1691).

Privilégiant les sujets grecs, Racine, cherchant à rivaliser avec Pierre Corneille, a néanmoins traité trois sujets romains, et un sujet moderne, Bajazet (1672), mais décalé dans l'espace puisque se déroulant dans l'Empire ottoman. On a pu lui reprocher le manque de vérité historique (dans Britannicus ou Mithridate par exemple) et le manque d'action (particulièrement dans Bérénice), mais on a salué la musique de ses vers, son respect assez strict des unités de temps, de lieu et d'action qui renforcent la densité et le sentiment tragique, ainsi que de la vraisemblance psychologique : les passions de chacun deviennent en effet les instruments du destin. Parmi ces passions, l'amour tient la première place et Racine l'analyse avec ses manifestations physiologiques (ex. : Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;// Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue, Phèdre, v.272-273). La passion anime et détruit les personnages pourtant tout-puissants (rois, empereurs, princesses...) qui ne peuvent rien sur leur propre destin. Associant la prédestination janséniste et le fatum des tragédies de l'Antiquité, Racine montre ce cheminement inexorable propre à faire naître la terreur et la pitié de la catharsis d'Aristote.

L'économie des moyens (densité du propos avec un nombre restreint de mots pour toutes ses œuvres, utilisation du confident pour rendre plus naturelle l'expression des personnages), la rigueur de la construction ( situation de crise menée à son acmé), la maîtrise de l'alexandrin et la profondeur de l'analyse psychologique font des œuvres de Jean Racine un modèle de la tragédie classique française.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Racine


Andromaque:
- C'est cet amour payé de trop d'ingratitude
Qui me rend en ces lieux sa présence si rude.
Quelle honte pour moi, quel triomphe pour lui
De voir mon infortune égaler son ennui!
Est- ce là, dira t- il, cette fière Hermione?
Elle me dédaignait; un autre l'abandonne.
L'ingrate qui mettait son coeur à si haut prix
Apprend donc à son tour à souffrir des mépris!
Ah Dieux!
(Hermione, Andromaque, II, 1)

- Ah! c'en est trop, Seigneur.
Tant de raisonnement offensent ma colère.
J'ai voulu vous donner les moyens de me plaire,
Rendre Oreste content; mais enfin je vois bien
Qu'il veut toujours se plaindre et ne mériter rien.
Partez: allez ailleurs vanter votre constance,
Et le laissez ici le soin de ma vengeance.
De mes lâches bontés mon courage est confus,
Et c'est trop en un jour essuyer de refus.
Je m'en vais seule au temple où leur hymen s'apprête,
Où vous n'osez aller mériter ma conquête.
Là de mon ennemi je saurai m'approcher:
Je percerai le coeur que je n'ai pu toucher;
Et mes sanglantes mains, sur moi- même tournées,
Aussitôt, malgré lui, joindrons nos destinées;
Et tout ingrat qu'il est, il me sera plus doux
De mourir avec lui que de vivre avec vous.
(Hermione, Andromaque, IV, 3)

- Je ne t'ai point aimé, cruel? Qu'ai- je donc fait?
J'ai dédaigné pour toi les voeux de tous nos princes;
Je t'ai cherché moi- même au fond de tes provinces;
J'y suis encor malgré tes infidélités,
Et malgré tous mes Grecs honteux de tes bontés.
Je leur ai commandé de cacher mon injure;
J'attendais en secret le retour d'un parjure;
J'ai cru que tôt ou tard, à ton devoir rendu,
Tu me rapporterais un coeur qui m'était dû.
Je t'aimais inconstant, qu'aurais- je fais fidèle?
Et même en ce moment où ta bouche cruelle
Vient si tranquillement m'annoncer le trépas,
Ingrat, je doute encor si je ne t'aime pas.
Mais, Seigneur, s'il le faut, si le ciel en colère
Réserve à d'autres yeux la gloire de vous plaire,
Achevez votre hymen, j'y consens. Mais du moins
Ne forcez pas mes yeux d'en être les témoins.
Pour la dernière fois je vous parle peut- être:
Différez le d'un jour; demain vous serez maître.
Vous ne répondez point? Perfide, je le voi,
Tu comptes les moments que tu perds avec moi !
Ton coeur, impatient, de revoir ta Troyenne,
Ne souffre qu'à regret qu'un autre t'entretienne.
Tu lui parles du coeur, tu la cherches des yeux.
Je ne te retiens plus, sauve- toi de ces lieux:
Va lui jurer la foi que tu m'avais jurée,
Va profaner des Dieux la majesté sacrée.
Ces Dieux, ces justes Dieux n'auront pas oublié
Que les mêmes serments avec moi t'ont lié.
Porte aux pieds des autels ce coeur qui m'abandonne;
Va, cours. Mais crains encor d'y trouver Hermione.
(Hermione à Pyrrhus, Andromaque, IV, 5)

- Puisqu'après tant d'efforts, ma résistance est vaine/ Je me livre en aveugle au destin qui m'entraîne (Andromaque, I, 1)


Britannicus:
- Albine, il ne faut pas s'éloigner un moment.
Je veux l'attendre ici. Les chagrins qu'il me cause
M'occuperont assez tout le temps qu'il repose.
Tout ce que j'ai prédit n'est que trop assuré:
Contre Britannicus, Néron s'est déclaré;
L'impatient Néron cesse de se contraindre
Las de se faire aimer, il veut se faire craindre.
Britannicus le gêne, Albine; et chaque jour
Je sens que je deviens importune à mon tour.
(Agrippine, Britannicus, I, 1)

- Non, non, mon intérêt ne me rend point injuste:
Il commence, il est vrai, par où finit Auguste;
Mais crains que l'avenir, détruisant le passé,
Il ne finisse ainsi qu'Auguste a commencé.
Il se déguise en vain: je lis sur son visage
Des fiers Domitius l'humeur triste et sauvage.
Il mêle avec l'orgueil qu'il a pris dans leur sang
La fierté des Nérons qu'il puisa dans mon flanc.
Toujours la tyrannie a d'heureuses prémices:
De Rome, pour un temps, Caïus fut les délices;
Mais sa feinte bonté se tournant en fureur,
Les délices de Rome en devinrent l'horreur.
Que m'importe, après tout, que Néron, plus fidèle,
D'une longue vertu laisse un jour le modèle?
Ai- je mis dans sa main le timon de l'Etat
Pour le conduire au gré du peuple et du Sénat?
Ah! que de la patrie il soit, s'il veut, le père;
Mais qu'il songe un peu plus qu'Agrippine est la mère.
De quel nom cependant pouvons nous appeler
L'attentat que le jour vient de nous révéler?
(Agrippine, Britannicus, I, 1)
- Je le craindrais bientôt s'il ne me craignais plus (ibid)

- Ce n'est plus votre fils, c'est le maître du monde (Britannicus, I, 2)

- Seigneur, toujours l'amant n'attend pas la raison (Britannicus, II, 2)


Dernière édition par Valesco le Mer 2 Mar à 18:16, édité 5 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Valesco
Initié
Initié


Nombre de messages: 314
Age: 27
Localisation: Picardie
Date d'inscription: 05/09/2006

MessageSujet: Re: Citations et extraits littéraires et philosophiques   Ven 1 Mai à 0:26

Rousseau (1712 - 1778):

Jean-Jacques Rousseau, né le 28 juin 1712 à Genève et mort le 2 juillet 1778 à Ermenonville, est un écrivain, philosophe et musicien genevois de langue française.

Il est l'un des plus illustres philosophes du siècle des Lumières et l'un des pères spirituels de la Révolution française. Tous se réclament de lui. Les révolutionnaires, d'un extrême à l'autre, prétendent « ne marcher que le Contrat social à la main ». Paradoxalement, les théoriciens de la contre-révolution (Joseph de Maistre, Louis-Gabriel de Bonald) se réclament eux aussi de Rousseau. Il était considéré par Arthur Schopenhauer comme le « plus grand des moralistes modernes ». Schopenhauer disait : « Ma théorie a pour elle l'autorité du plus grand des moralistes modernes : car tel est assurément le rang qui revient à J.-J. Rousseau, à celui qui a connu si à fond le cœur humain, à celui qui puisa sa sagesse, non dans des livres, mais dans la vie ; qui produisit sa doctrine non pour la Chaire, mais pour l'humanité ; à cet ennemi des préjugés, à ce nourrisson de la nature, qui tient de sa mère le don de moraliser sans ennuyer, parce qu'il possède la vérité, et qu'il émeut les cœurs ». Ses travaux ont influencé grandement l'esprit révolutionnaire français. Il est particulièrement célèbre pour ses travaux sur l'homme, la société ainsi que sur l'éducation. La philosophie politique de Rousseau se situe dans la perspective dite contractualiste des philosophes britanniques des XVIIe et XVIIIe siècles, et son fameux Discours sur l'inégalité se conçoit aisément comme un dialogue avec l'œuvre de Thomas Hobbes. Rousseau était d'une grande sensibilité. David Hume disait de Rousseau : « He has only felt during the whole course of his life, and in this respect his sensibility rises to a pitch beyond what I have seen any example of ; but it still gives him a more acute feeling of pain than of pleasure. He is like a man who was stripped not only of his clothes, but of his skin, and turned out in this situation to combat with the rude and boisterous elements ». Bertrand Russell d'ajouter : « This is the kindest summary of his character that is in any degree compatible with truth ».
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Jacques_Rousseau

- Me voici donc seul sur la terre, n'ayant plus de frère, de prochain, d'ami, de société que moi- même (Rêveries du promeneur solitaire, 1776- 1778, publication posth. 1782)

- J'aurais aimé les hommes en dépit d'eux- mêmes (ibid)

- Je me suis résigné sans réserve et j'ai retrouvé la paix (ibid)

- Avec le dédain qu'ils m'ont inspiré, leur commerce me serait insipide et même à charge et je suis cent fois plus heureux dans la solitude que je ne pourrais l'être en vivant avec eux (ibid)

- Pauvre mortel infortuné, mais impassible comme Dieu même (ibid)

- Tout ce qui est extérieur m'est étranger désormais (ibid)

- Je ne dois ni ne veux plus m'occuper que de moi (ibid)

- Livrons- nous à la douceur de converser avec mon âme puisqu'elle est la seule que les hommes ne puissent m'ôter (ibid)

- Heureux si, par mes progrès sur moi- même, j'apprends à sortir de la vie, non meilleur car cela n'est pas possible, mais plus vertueux que je n'y suis entré (ibid)


Dernière édition par Valesco le Mar 22 Fév à 1:02, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Valesco
Initié
Initié


Nombre de messages: 314
Age: 27
Localisation: Picardie
Date d'inscription: 05/09/2006

MessageSujet: Re: Citations et extraits littéraires et philosophiques   Ven 1 Mai à 0:31

Flaubert (1821 - 1880):

Gustave Flaubert, né à Rouen le 12 décembre 1821[1] et mort à Canteleu, au hameau de Croisset, le 8 mai 1880, est un écrivain français.
Prosateur de premier plan de la seconde moitié du XIXe siècle, Gustave Flaubert a marqué la littérature française par la profondeur de ses analyses psychologiques, son souci de réalisme, son regard lucide sur les comportements des individus et de la société, et par la force de son style dans de grands romans comme Madame Bovary (1857), Salammbô (1862), L'Éducation sentimentale (1869), ou le recueil de nouvelles Trois Contes (1877).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Flaubert


- Lettre à Louise Colet, 13 septembre 1852: "Nous ne devons penser qu'à représenter"

- Flaubert, Lettre à Louise Colet, 16 janvier 1852: "[...] un livre sur rien, un livre sans attache extérieure qui se tiendrait de lui- même par la force interne de son style [...], un livre qui n'aurait presque pas de sujet ou du moins où le sujet serait presque invisible"


MADAME BOVARY (1855):

- Le mariage d'Emma avec Charles Bovary: "Emma eût, au contraire, désiré se marier à minuit, aux flambeaux; mais le père Rouault ne comprit rien à cette idée. Il y eut donc une noce, où vinrent quarante- trois personnes, où l'on resta seize heures à table, qui recommença le lendemain et quelque peu les jours suivants. [...]. C'était sous le hangar de la charretterie que la table était dressée. Il y avait dessus quatre aloyaux, six fricassées de poulets, du veau à la casserole, trois gigots, et, au milieu, un joli cochon de lait rôti, flanqué de quatre andouilles à l'oseille. Aux angles se dressait l'eau de vie dans des carafes. Le cidre doux en bouteilles poussait sa mousse épaisse autour des bouchons, et tous les verres, d'avance, avaient été remplis de vin jusqu'au bord. De grands plats de crème jaune, qui flottaient d'eux- mêmes au moindre choc de la table, présentaient, dessinés sur leur surface unie, les chiffres des nouveaux époux en arabesques de nonpareilles. On avait été cherché un pâtissier à Yvetot, pour les tourtes et les nougats. Comme il débutait dans le pays, il avait soigné les choses; et il apporta, lui- même, au dessert, une pièce montée qui fit pousser des cris. A la base, d'abord, c'était un carré de carton bleu figurant un temple avec des portiques, colonnades et statuettes en stuc tout autour, dans des niches constellées d'étoiles en papier doré; puis se tenait au second étage un donjon en gâteau de Savoie, entouré de menues fortifications en angélique, amandes, raisins secs, quartiers d'orange; et enfin, sur la plate-forme supérieure, qui était une prairie verte où il y avait des rochers avec des lacs de confiture et des bateaux en écales* de noisettes, on voyait un petit Amour, se balançant sur une escarpolette de chocolat, dont les deux poteaux étaient terminés par deux boutons de rose naturels, en guise de boules, au sommet." (p.36 et 39-40, en Folioplus Classiques)

-Adultère entre Rodolphe et Emma:
"Et il redevint aussitôt respectueux, caressant, timide. Elle lui donna son bras. Ils s'en retournèrent. Il disait:
-Qu'aviez vous donc? Pourquoi? Je n'ai pas compris! Vous vous méprenez sans doute? Vous êtes dans mon âme comme une madone sur un piédestal, à une place haute, solide et immaculée. Mais j'ai besoin de vous pour vivre! J'ai besoin de vos yeux, de votre voix, de votre pensée. Soyez mon amie, ma soeur, mon ange!
Et il allongeait son bras et lui en entourait la taille. Elle tâchait de se dégager mollement. Il la soutenait ainsi, en marchant.
Mais ils entendirent les deux chevaux qui broutaient le feuillage.
-Oh! encore, dit Rodolphe. Ne partons pas! Restez!
Il l'entraîna plus loin, autour d'un petit étang, où des lentilles d'eau faisaient une verdure sur les ondes. Des nénuphars flétris se tenaient immobiles entre les joncs. Au bruit de leurs pas dans l'herbe, des grenouilles sautaient pour se cacher.
-J'ai tort, j'ai tort, disait- elle. Je suis folle de vous entendre.
-Pourquoi?... Emma! Emma!
-Oh! Rodolphe!... fit lentement la jeune femme en se penchant sur son épaule.
Le drap de sa robe s'accrochait au velours de l'habit. Elle renversa son cou blanc, qui se gonflait d'un soupir; et, défaillante, tout en pleurs, avec un long frémissement et se cachant la figure, elle s'abandonna.
Les ombres du soir descendaient; le soleil horizontal passant entre les branches, lui éblouissait les yeux. Cà et là, tout autour d'elle, dans les feuilles ou par terre, des taches lumineuses tremblaient, comme si des colibris, en volant, eussent éparpillé leur plumes. Le silence était partout; quelque chose de doux semblait sortir des arbres; elle sentait son coeur, dont les battements recommençaient, et le sang circuler dans sa chair comme un fleuve de lait. Alors, elle entendit tout au loin, au- delà du bois, sur les autres collines, un cri vague et prolongé, une voix qui se traînait, et elle écoutait silencieusement, se mêlant comme une musique aux dernières vibrations de ses nerfs émus. Rodolphe, le cigare aux dents, raccommodait avec son canif une des deux brides cassées."


SALAMMBO:

Incipit de Salammbô:

"C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar. Les soldats qu'il avait commandés en Sicile se donnaient un grand festin pour célébrer le jour anniversaire de la bataille d'Eryx, et comme le maître était absent et qu'ils se trouvaient nombreux, ils mangeaient et ils buvaient en pleine liberté.
Les capitaines, portant des cothurnes de bronze, s'étaient placés dans le chemin du milieu, sous un voile de pourpre à franges d'or, qui s'étendait depuis le mir des écuries jusqu'à la première terrasse du palais; le commun des soldats était répandu sous les arbres, où l'on distinguait quantités de bâtiments à toit plat, pressoirs, celliers, magasins, boulangeries et arsenaux, avec une cour pour les éléphants, des fosses pour les bêtes féroces, une prison pour les esclaves."




Dernière édition par Valesco le Jeu 31 Mar à 22:28, édité 4 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Valesco
Initié
Initié


Nombre de messages: 314
Age: 27
Localisation: Picardie
Date d'inscription: 05/09/2006

MessageSujet: Re: Citations et extraits littéraires et philosophiques   Jeu 27 Jan à 16:56

Pierre REVERDY (1889- 1960)

Né à Narbonne dans l'Aude le 11 septembre 1889 (le 13 septembre 1889 selon l'état-civil) et mort à Solesmes le 17 juin 1960, était un poète français associé au cubisme et aux débuts du surréalisme. Il est sans aucun doute le poète français du XXe siècle dont l'influence a été la plus décisive sur la poèsie moderne de langue française (source: Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Reverdy )

- Poète est un terme "désignant tout artiste dont l'ambition et le but sont de créer, par une oeuvre esthétique faite de ses propres moyens, une émotion particulière que les choses de la nature, à leur place, ne sont pas en mesure de provoquer en l'homme" (Cette émotion appelée poésie, Ecrits sur la Poésie, Cette émotion appelée poésie, 1950)
- Le poète "qui est précisément celui chez qui la beauté est née et existe au point de devenir son unique souci" (ibid)

- "Mais il est poète, donc créateur. Il ne peut se contenter de lire; il faut qu'il écrive. En somme, il ne peut se contenter, il ne peut lui suffire de jouir de l'art.Il faut qu'il peine pour l'art, qu'il en souffre pour bien le connaître à fond comme l'exige, pour être bien connue, toute autre chose dans la vie. Il faut, enfin, que cette émotion, qu'il ressent, qu'il a surtout ressentie, au contact des premiers poètes qu'il a lus lui- même, il la fasse ressentir à d'autres à son tour. C'est son rôle, sa mission, désormais sa plus claire façon de vivre" (ibid)

-"Parce que rien ne sera jamais définitivement dit tant que l'homme aura besoin de s'exprimer pour vivre" (ibid)

-"Et le poèe écrit. Il écrit d'abord pour se révéler à lui- même, savoir de quoi il est capable, pour tenter l'ambitieuse aventure d'accéder peut- être un jour au domaine féerique, dont les oeuvres qu'il aime lui ont donné l'insupportable nostalgie" (ibid.)

-"[...] ce qui importe c'est d'arriver à mettre au clair ce qu'il a de plus inconnu en lui, de plus secret, de plus caché, de plus difficile à déceler, d'unique" (ibid.)

-"En effet, pour si étrange que cela puisse paraître, ce sera la façon particulière de dire une chose très simple et très commune qui ira la porter au plus secret, au plus caché, au plus intime d'un autre et produira le choc. Car le choc poétique n'est pas de même nature que celui des idées qui nous apprennent et nous apportent du dehors quelque chose que nous ignorions; il est une révélation d'une chose que nous portions obscurément en nous et pour laquelle il ne nous manquait que la meilleure expression pour la dire à nous même. Cette expression parfaite donnée par le poète, nous l'adoptons, nous nous l'approprions, elle sera désormais l'expression de notre propre sentiment qui l'épouse" (ibid)

-"En somme, l'art tendait de plus en plus à devenir une activité exclusivement humaine, volontairement humaine -c'est à dire libérée autant que possible du fatal ou du divin" (ibid)

-"Il faut donc se décider à dire que la poésie n'est intelligible à l'esprit et sensible au coeur que sous la forme d'une certaine combinaison de mots, en quoi elle se concrète, se précise, se fixe et assume une réalité particulière qui la rend incomparable à toute autre" (Cette émotion appelée poésie, Ecrits sur la Poésie, Circonstances de la poésie, 1946)
-"La poésie est uniquement une opération de l'esprit du poète exprimant les accords de son être sensible au contact de la réalité" (ibid)

-"Cependant, le poète ne voit pas les choses autrement que les autres hommes. Il ne pourrait pas avancer dans la rue. Mais il est celui qui, quand il veut s'exprimer, et se sert des choses pour le faire, découvre entre elles des rapports inouïs qu'il ne peut même pas, dans l'inaction, soupçonner, ce qui d'ailleurs l'amène un jour à ne plus écrire que pour le but, à peine inavoué, de découvrir ces merveilleurs rapports" (ibid)

-"Que le poète aille à la barricade, c'est bien -c'est mieux que bien- mais il ne peut aller à la barricade et chanter la barricade en même temps. Il faut qu'il la chante avant ou après. Avant c'est plus prudent, ce qui revient bien à dire que l'homme est d'autant plus engagé que le poète l'est moins" (ibid)

-"On dit que telle ou telle chose est poétique. On croit s'entendre. Mais on s'aperçoit vite que l'on ne s'entend pas si bien dès qu'on veut essayer de préciser pourquoi et comment telle ou telle chose est poétique ou ne l'est pas. Et, peut- être, tout simplement parce que, d'abord, la chose que l'on prétend désigner, on la place là où elle n'est pas" (Cette émotion appelée poésie, Ecrits sur la Poésie, La Fonction poétique, 1950)

-"La poésie n'est pas dans les choses- à la manière où la couleur et l'odeur sont dans la rose et en émanent- elle est dans l'homme, uniquement, et c'est lui qui en charge les choses, en s'en servant pour s'exprimer. Elle est un besoin et une faculté, une nécessité de la condition de l'homme- l'une des plus déterminantes de son destin. Elle est une propriété de sentir et un mode de penser" (ibid)

-"Le propre du poète est de penser et de se penser en images- de considérer les choses dans la mesure où elles peuvent se prêter à la formation des images qui constituent son particulier moyen d'expression. Sa faculté majeure est de discerner, dans les choses, des rapports justes mais non évidents qui, dans un rapprochement violent, seront susceptibles de produire, par un accord imprévu, une émotion que le spectacle des choses elles- mêmes serait incapable de nous donner. Et c'est par cette révélation d'un lien secret entre les choses, dont nous constatons que nous n'avions jusque là qu'une connaissance imparfaite, que l'émotion spécifiquement poétique est obtenue." (ibid)


Dernière édition par Valesco le Ven 4 Mar à 20:39, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Valesco
Initié
Initié


Nombre de messages: 314
Age: 27
Localisation: Picardie
Date d'inscription: 05/09/2006

MessageSujet: Re: Citations et extraits littéraires et philosophiques   Mar 22 Fév à 17:16

ARISTOTE:

Aristote (en grec ancien Ἀριστοτέλης / Aristotélês) est un philosophe grec né à Stagire (actuelle Stavros) en Macédoine (d’où le surnom de « Stagirite », Σταγειρίτης), en -384, et mort à Chalcis, en Eubée, en -322.
Sa conception de l'être comme « substance » (ou ontologie) et de la métaphysique comme « science de l'être en tant qu'être » influença l'ensemble de la tradition philosophique occidentale, d'Alexandre d'Aphrodise à Martin Heidegger en passant par Thomas d'Aquin, et orientale, d'Averroès et Maïmonide à Cordoue jusqu'au persan Avicenne en passant par les théologiens médiévaux de Byzance.
Véritable encyclopédiste, il s'est beaucoup intéressé aux arts (musique, rhétorique) et aux sciences (physique, biologie) de son époque ; il en théorisa les principes et effectua des recherches empiriques pour les appuyer. Sa conception de l'art poétique s'imposa dans l'esthétique classique. Sa théorie de la valeur influença la philosophie de l'économie de Karl Marx, tandis que celle de la théorie de l'action (praxis) et de la prudence (phronèsis) marqua la philosophie politique et l'éthique d'Hannah Arendt. Le Stagirite est également considéré, avec les stoïciens, comme l'inventeur de la logique : il élabora une théorie du jugement prédicatif, systématisa l'usage des syllogismes et décrivit les rouages des sophismes.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Aristote

L'Homme de Génie et la Mélancolie:

"Le Problème XXX intitulé ici L'Homme de génie et la Mélancolie est un petit texte, à l'origine d'une littérature médicale et philosophique qui cerne les rapports entre physiologie et créativité.
Nous ne savons pas avec précision par qui et à quelle époque il a été conçu, mais Sénèque, Plutarque et Cicéron l'attribuent à Aristote. Et c'est ainsi qu'il a été lu et médité par les médecins et philosophes depuis le Moyen-Age jusqu'au XIXe siècle.
C'est dans les tempéraments dépressifs et lorsque l'homme est loin des dieux, porté aux excès, à la luxure, aux enthousiasmes passagers, qu'on retrouve toutes les personnalités de génie. Tous les créateurs ne sont- ils pas, au fond, des mélancoliques?" (4e de couverture)

- "Pour quelle raison tous ceux qui ont été des hommes d'exception, en ce qui regarde la philosophie, la science de l'Etat, la poésie ou les arts, sont- ils manifestement mélancoliques, et certains au point même d'être saisis par des maux dont la bile noire et l'origine, comme ce que racontent, parmi les écrits concernant les héros, ceux qui sont consacrés à Héraclès? En effet ce dernier paraît bien avoir relevé de ce naturel; ce qui explique aussi que les maux des epileptiques, les Anciens les ont appelés, d'après lui, maladie sacrée. L'accès de folie dirigée contre ses propres enfants comme, avant sa disparition sur l'Oeta, l'éruption des ulcères, rendent cela manifeste. Car ce sont des accidents qui touchent beaucoup de gens, du fait de la bile noire. Il est arrivé aussi à Lysandre, le Spartiate, qu'avant sa mort ce type d'ulcères se manifesta. Ajoutons ce qui concerne Ajax et Bellérophon; l'un devint absolument fou et l'autre recherchait les lieux secrets, c'est pourquoi Homère dit de lui dans ces vers: Mais quand il fut en proie à la haine de tous les Dieux, alors, à travers la plaine Aléienne seul il errait, mangeant son coeur, évitant le pas des humains. Et bien d'autres héros ont, de toute évidence, souffert des mêmes affections que ceux- là. Parmi les personnages plus récents, Empédocle, Platon et Socrate, et beaucoup d'autres parmi les gens illustres. Il faut ajouter la plupart de ceux qui se sont consacrés à la poésie. Car chez beaucoup de personnes de cette sorte naissent des maux dont l'origine est un mélange dans le corps; pour les autres leur naturel est manifestement enclin aux maladies."


La Poétique:

"La Poétique est l'ouvrage qui fonde la réflexion sur la poésie et l'objet littéraire en Europe: du Tasse à Lessing, de Racine à Nietzsche, tous les grands créateurs, tous les grands théoriciens l'ont lue et méditée. Ses analyses sur la tragédie et plus généralement la représentation en art gardent toute leur pertinence et leur actualité, elles nourrissent encore la pensée poétique contemporaine." (4e de couverture)

-Chant I: "Nous allons traiter de l'art poétique lui- même et de ses espèces, de l'effet propre à chacune d'entre elles, de la manière dont il faut agencer les histoires si l'on souhaite que la composition soit réussie; nous traiterons en outre du nombre et de la nature des parties qui la constituent et pareillement de toutes les questions qui appartiennent au même domaine de la recherche, en commençant d'abord par ce qui vient d'abord, en suivant l'ordre naturel. L'épopée, et la poésie tragique comme aussi la comédie, l'art du poète de dithyrambe et, pour la plus grande partie, celui du joueur de flûte et de cithare se trouvent tous être, d'une manière générale, des imitations. Mais ils diffèrent les uns des autres par trois aspects: ou bien ils imitent par des moyens différents, ou bien ils imitent des objets différents, ou bien ils imitent selon des modes différents, et non de la même manière"
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Valesco
Initié
Initié


Nombre de messages: 314
Age: 27
Localisation: Picardie
Date d'inscription: 05/09/2006

MessageSujet: Re: Citations et extraits littéraires et philosophiques   Jeu 24 Fév à 15:54

MOHAMMED DIB (1920-2003):

http://fr.wikipedia.org/wiki/Mohammed_Dib

L'Incendie, 1954:

- "En arrivant devant la Maison de la Lumière, on commence à gravir des pentes rocailleuses battues par les vents. Le pied bute et glisse sur une végétation ligneuse de diss et de lentisques... Voici le rude chemin qu'empruntent les Ben Ournid et leurs petits ânes, le rempart méridional de Mansourah dont il ne subsiste que quelques pans de tours. La campagne est déserte; une rumeur confuse monte de la plaine. Parvenu à une éminence qui porte le nom d'Attar, on embrasse du regard un vaste espace. Au levant le Scharf et-Ghorab, immense, dresse sa tête conique au- dessus des crêtes environnantes; et la vue s'étend au nord, par-delà la route d'Oran et la voie ferrée, jusqu'aux terres à vignes et à blé de Saf-Saf, d'Hennaya et d'Aïn el-Hout. Dans un moutonnement continu, les montagnes bleues et légères des Trara élèvent au dernier plan un écran entre la Méditerranée et les plateaux intérieurs. Plus près, l'oeil découvre la plaine d'Ymama, d'el-Kifane et de Bréa. Les dernières vagues des cultures qui accourent de l'horizon viennent mourir ici, sur les contreforts de Bni Boublen. Sans transition, leur succède un pays désertique semé de monts lugubres."
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 

Citations et extraits littéraires et philosophiques

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant

 Sujets similaires

-
» Le roman de Renart (extraits)
» Textes ou extraits qui nous ont plu
» Objet triangulaire avec lampes
» de la fourrure dans le catalogue Damart
» Les Misérables, seulement des extraits des 1ère et 2è parties?

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forum de l'Anthologie ::  :: -